Conchita, la Femme Volante

L’idée de départ date de 2006 où, en vacances à Majorque, nous avions visité une galerie d’art dans laquelle était suspendues des sculptures de femmes, probablement en papier mâché, en position de plongeon, et habillées de maillots de bain colorés.

Ne pouvant alors nous offrir l’un de ces objets d’art onéreux, quelques photos ont été prises dans l’idée de faire un jour quelque chose à l’atelier dans le même style, mais en modèle volant radiocommandé. Le projet est resté longtemps en gestation jusqu’à ce qu’une amie de l’époque nous aide à le matérialiser en grillage à poules recouvert de papier mâché, comme on le voit à l’arrière plan dans la troisième photo, derrière l’ébauche en polystyrène extrudé.

Puis, le projet est à nouveau tombé dans l’oubli quelques années jusqu’à ce qu’une jeune étudiante d’une école d’art, Claire, nous contacte pour demander si elle pouvait faire un stage de quelques semaines dans l’atelier, demandé par son école pour valider la fin de son année scolaire. N’ayant dans un premier temps pas d’idée particulière à lui proposer, notre regard s’est porté sur cette ébauche en polystyrène, pendue au plafond de l’atelier et recouverte d’une épaisse couche de poussière…

On lui a expliqué le projet, à savoir en faire un “master” forme destinée à être moulée en plusieurs parties afin de pouvoir les reproduire ensuite en petite série. On a alors demandé à une autre artiste céramiste de venir “donner un cours” de moulage sur ce projet particulier. Isabelle est venue et les deux filles, plus tard rejointes par la grande sœur de Claire, Coraline, ont formé ce corps volontairement pulpeux, inspiré des œuvres de l’artiste colombien Botero. La forme a donc été dans un premier temps recouverte de plâtre, renforcée de barres d’acier, puis recouverte de terre glaise afin d’affiner les formes sur un matériau restant malléable de semaine en semaine, car conservé sous un linge humide et recouvert d’une bâche.

Le moulage à alors commencé, par la pose de 5 couches de cire de démoulage, puis la résine noire de moule. Les moules ont été produits ainsi avec des séparations chaque fois que nécessaire, à savoir 4 parties pour les bras (dessus et dessous, droite et gauche), le dos et le dessus des jambes jusqu’au épaules, le dessous des pieds jusqu’au cou en passant par des seins assez proéminents, puis la tête en 3 morceaux. Ces moules sont longs à réaliser car il faut, après la première couche de résine noire, qui sera la couche interne du moule “casser” les angles vifs avec une sorte de purée de résine épaissie afin de permettre ensuite la pose de plusieurs couches tissu de verre, sans faire de bulles. C’est un travail très long et assez fastidieux surtout pour de grands volumes comme ici.

Quelques jours après vint le plus chouette moment, celui du démoulage, qui peut parfois être laborieux et réserver de bonnes comme de mauvaises surprises. Le master est alors détruit à ce moment car le fait de séparer les moules entre eux abime en général la terre ou le matériau qui a servi de forme initiale. Après nettoyage des résidus de terre, ponçage des aspérités (très dures et blessantes) et autre polissage des surfaces intérieures, les moules sont prêts à être utilisés.

Ils sont alors passés à nouveau au démoulant, puis enduits de gelcoat, une résine épaissie teintée à la couleur voulue. Ici, nous avons procédé à des mélanges jusqu’à trouver quelque chose ressemblant à une peau humaine. Pour le maillot de bain, nous avons utilisé une couleur standard mais toutes les créativités pourraient s’exprimer ici. L’avantage de peindre dans le moule est que la couleur sera intégrée dans la masse de l’objet moulé avec une beaucoup plus grande résistance que si nous avions peint la forme après démoulage.

Vient ensuite le moulage proprement dit avec le choix des tissus et des renforts nécessaires à certains endroits et pas à d’autres… Fibre de verre de 120 à 165 gr/m2 pour les parties standard, fibre de carbone 160 gr./m2 ou kevlar/carbone 96 gr./m2 pour les jambes afin de rigidifier et solidifier au mieux avec un minimum d’épaisseurs. Vu que cet objet est destiné à voler, un poids réduit doit être conservé. L’usage de tissu d’arrachage et d’absorption avant un passage dans un sac à vide pour récupérer l’excédent de résine pendant le séchage est ici souhaitable, les surfaces imprégnées étant importantes, et donc le risque de surpoids évident.

Une fois toutes les parties moulées séparément, vient le temps de l’assemblage par repositionnement de chaque partie dans son moule avant fermeture partielle des moules l’un sur l’autre pour un alignement parfait. Les pièces sont alors collées l’une sur l’autre par une bandelette de fibre de verre imprégnée de résine liquide légèrement épaissie.

Ici, les deux premières réalisations ont servis d’essais car plusieurs problèmes sont apparus, avec principalement un alignement non-symétrique des bras par rapport au corps. Il a fallu donc lui scier partiellement un bras pour le repositionner à l’équerre par rapport à l’autre. Il est fort probable que des dizaines d’heures de travail auraient pu être économisées en calculant mieux et à l’avance ces symétries ou en adoptant une autre manière de faire le master (ex: imprimante 3D). 

Les pièces moulées et assemblées par l’intérieur, formant le corps complet ont ensuite été poncées, mastiquées et peintes, en veillant à limiter le poids. Parallèlement, l’aile a été dessinée par Michel Demonsant, un ancien architecte à la retraite, qui est venu bénévolement nous aider. Il nous a fait des plans grandeur nature ainsi que des fichiers de pièces à assembler prêts à être découpées au laser. 

Les pièces ont ensuite été assemblées sur le plan pour former une aile complète en 3 parties de 3 mètres 50 d’envergure. Les câblages électriques et électroniques y ont été inclus et cette aile a ensuite été entoilée au film polyester thermorétractable. Le montage final et les finitions sont en cours avec des premiers vols prévus ce printemps 2022.

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